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Entre les auto-entrepreneurs et le salariat, une frontière floue

Entre les auto-entrepreneurs et le salariat, une frontière floue
Publié le 30/05/2017

Les auto-entrepreneurs sont très liés au salariat, voire dépendants, selon une sociologue de l’université Paris-Dauphine qui a décrypté l’auto-entreprenariat.

Plus d’un million d’auto-entrepreneurs en France

La sociologue Sarah Abdelnour s’est penchée sur les auto-entrepreneurs en France et son travail, relayé par Alternatives Economiques, montre qu’ils restent très dépendants du système du salariat. En effet, derrière le cliché du salarié qui quitte son statut pour devenir auto-entrepreneur et réaliser son projet professionnel en toute indépendance se cache une autre réalité, celle des plus fragiles et des précaires. De plus, ce rêve exclusif d’auto-entreprise n’est souvent réalisable qu’avec le soutien de son conjoint ou sa conjointe, salarié(e). L’emploi stable et la protection sociale associée apparaissent comme les béquilles de ceux qui ont (presque) choisi de ne travailler qu’en tant qu’auto-entrepreneur.

Seulement 54 % des personnes créant une auto-entreprise en font leur activité principale

Les personnes pour lesquelles l’auto-entrepreneuriat est l’activité principale représentent un peu plus d’1 entrepreneur sur 2 (54 %). Ils sont soit demandeurs d’emploi, soit en situation de précarité (apprentis, stagiaires ou sans activité professionnelle). Souvent des jeunes ou des femmes qui accumulent des « bouts de ficelle »

Les chômeurs représentent 29 % des personnes ayant démarré une activité d’auto-entreprise, ce qui a l’avantage, non des moindres, de les faire sortir des statistiques du chômage de catégorie A. Les projets de ces chômeurs sont souvent marginaux et ils trouvent dans l’auto-entrepreneuriat plutôt une « occupation » qu’un véritable travail.

« Le travail indépendant exclusif se situe essentiellement parmi les travailleurs les moins qualifiés et les moins protégés, tandis que le cumul des revenus est plus important parmi les salariés stables, du privé comme du public », note Sarah Abdelnour.

Les personnes à la fois auto-entrepreneur et salarié sont les plus qualifiées

Il s’agit de personnes déjà protégées par le salariat, qui tirent de l’auto-entrepreneuriat des revenus supplémentaires, « et même une protection sociale inutilement dédoublée ».

Les revenus ont beau être plafonnés, seulement 10 % des auto-entrepreneurs gagnent plus de 1 000 euros par mois.

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« Dans tous les cas, l’auto-entrepreneuriat repose largement sur le système salarial. Les auto-entrepreneurs sont encore salariés, l’étaient, ou le seront par la suite, ils bénéficient d’allocations chômage ou de revenus sociaux, ils comptent sur la rémunération salariée de leur conjoint ou de leurs parents », commente Sarah Abdelnour.

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Du salariat déguisé ?

La sociologue montre qu’il existe un groupe d’auto-entrepreneurs qui devraient être salariés. Les employeurs du privé utiliseraient ainsi l’auto-entreprenariat comme période d’essai, plus ou moins longue, ou bien transforment l’auto-entrepreneur en fournisseur.

Ce phénomène est également présent dans le secteur public qui a recours à des auto-entrepreneurs, plutôt que de recruter des fonctionnaires, une procédure de recrutement beaucoup plus complexe, longue, et limitée au niveau du nombre.

 Par Natacha Le Jort

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