Entre les micro-entrepreneurs et le salariat, une frontière floue

Entre les micro-entrepreneurs et le salariat, une frontière floue
Mis à jour le 26/10/2020 - Publié le 30/05/2017

Les micro-entrepreneurs sont très liés au salariat, voire dépendants, selon une sociologue de l’université Paris-Dauphine qui a décrypté le micro-entreprenariat.

Plus d’un million de micro-entrepreneurs en France

La sociologue Sarah Abdelnour s’est penchée sur les micro-entrepreneurs en France et son travail, relayé par Alternatives Economiques, montre qu’ils restent très dépendants du système du salariat. En effet, derrière le cliché du salarié qui quitte son statut pour devenir micro-entrepreneur et réaliser son projet professionnel en toute indépendance se cache une autre réalité, celle des plus fragiles et des précaires. De plus, ce rêve exclusif de micro-entreprise n’est souvent réalisable qu’avec le soutien de son conjoint ou sa conjointe, salarié(e). L’emploi stable et la protection sociale associée apparaissent comme les béquilles de ceux qui ont (presque) choisi de ne travailler qu’en tant que micro-entrepreneur.

Seulement 54 % des personnes créant une micro-entreprise en font leur activité principale

Les personnes pour lesquelles le micro-entrepreneuriat est l’activité principale représentent un peu plus d’1 entrepreneur sur 2 (54 %). Ils sont soit demandeurs d’emploi, soit en situation de précarité (apprentis, stagiaires ou sans activité professionnelle). Souvent des jeunes ou des femmes qui accumulent des « bouts de ficelle »

Les chômeurs représentent 29 % des personnes ayant démarré une activité de micro-entreprise, ce qui a l’avantage, non des moindres, de les faire sortir des statistiques du chômage de catégorie A. Les projets de ces chômeurs sont souvent marginaux et ils trouvent dans le micro-entrepreneuriat plutôt une « occupation » qu’un véritable travail.

« Le travail indépendant exclusif se situe essentiellement parmi les travailleurs les moins qualifiés et les moins protégés, tandis que le cumul des revenus est plus important parmi les salariés stables, du privé comme du public », note Sarah Abdelnour.

Les personnes à la fois micro-entrepreneur et salarié sont les plus qualifiées

Il s’agit de personnes déjà protégées par le salariat, qui tirent du micro-entrepreneuriat des revenus supplémentaires, « et même une protection sociale inutilement dédoublée ».

Les revenus ont beau être plafonnés, seulement 10 % des micro-entrepreneurs gagnent plus de 1 000 euros par mois.

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« Dans tous les cas, le micro-entrepreneuriat repose largement sur le système salarial. Les micro-entrepreneurs sont encore salariés, l’étaient, ou le seront par la suite, ils bénéficient d’allocations chômage ou de revenus sociaux, ils comptent sur la rémunération salariée de leur conjoint ou de leurs parents », commente Sarah Abdelnour.

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Du salariat déguisé ?

La sociologue montre qu’il existe un groupe de micro-entrepreneurs qui devraient être salariés. Les employeurs du privé utiliseraient ainsi le micro-entreprenariat comme période d’essai, plus ou moins longue, ou bien transforment le micro-entrepreneur en fournisseur.

Ce phénomène est également présent dans le secteur public qui a recours à des micro-entrepreneurs, plutôt que de recruter des fonctionnaires, une procédure de recrutement beaucoup plus complexe, longue, et limitée au niveau du nombre.

 Par Natacha Le Jort

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