Ariane : « C’est comme un Boeing 747 qui t’atterrit en pleine tronche : c’est la vacuité de ma vie, je me suis dit ma vie tourne autour d’une jupe-culotte »

Ariane : « C’est comme un Boeing 747 qui t’atterrit en pleine tronche : c’est la vacuité de ma vie, je me suis dit ma vie tourne autour d’une jupe-culotte »

Ariane, 36 ans a eu plusieurs vies. D’acheteuse à directrice de collection, elle a travaillé pendant 10 ans dans la mode avant de faire un burn-out à 30 ans qui dure 2 ans. Une petite mort suivie d’un long processus de renaissance. Elle remet en question la place que l’on donne au mot « travail » : selon elle, une étiquette dans laquelle on s’enferme et que l’on place parfois trop souvent au-dessus des autres. Aujourd’hui, Ariane est journaliste et suit ses passions et intimes convictions.

De l’explosion à la guérison

« On ne peut pas se plaindre et se dire, ça va mal »

Ariane entre dans le milieu de la mode en tant qu’acheteuse. Au fil des années, elle monte en grade pour devenir styliste puis chef de produit avant d’atteindre la consécration du titre de directrice de collection. Elle commence sa carrière au Maroc, la poursuit à Barcelone lorsqu’elle travaille pour des grandes industries telles que Mango, Zara avant de revenir en France. Durant 10 années, la vie d’Ariane défile au rythme des collections hautes coutures, des soirées mondaines, des strass et des paillettes !

Le pétage de plombs

« Je pensais que tout allait bien, c’est-à-dire que la tête se convainc que tout va bien ». Ariane pensait avoir tout pour être heureuse : elle avait beaucoup d’argent, un bel appartement, des jolis vêtements et surtout, elle était reconnue ! Elle s’interdit de se plaindre par peur du regard des autres. Face à son statut, la société ne peut pas accepter son malaise. Alors un jour, tout explose. C’est la teinte du rose d’une jupe-culotte qui déclenche le burn-out d’Ariane. Elle parle du travail comme une prison, qui ce jour-là, plus que les autres, l’a totalement étouffé. Du jour au lendemain, elle conscientise ce mal-être qui grandissait depuis plusieurs années : « J’avais une vie médiocre, vide de sens et ça, c’est terrible ».

La petite mort

« Je suis partie pilou pilou, charentaises, gare Montparnasse et j’ai atterri 2 heures plus tard chez ma grand-mère, mamie Pierrette en Poitou-Charentes ». Elle reste 6 mois là-bas, en dépression la plus totale. 6 mois sans rien faire. « Le corps à cette sagesse qui à un moment impose à la tête de ne rien faire. ». Pendant tout ce temps, le corps d’Ariane se remet du cocktail explosif qu’elle lui faisait subir depuis 10 ans : alcool, sport, burger, green smoothie, alcool, sport… Elle appelle son burn-out « la petite mort » celle à laquelle on assiste, c’est à dire la fin de nos croyances.

Une véritable renaissance

« Qui suis-je et que vais-je faire ? »

Face à cette question hautement philosophique, Ariane réussit à se relever le jour où elle a lâché prise. Elle s’est dite : « et bah, je vais faire ce que j’aime ». Alors la première chose qu’elle a faite, c’est lire un Astérix et manger une tomate mozza. « Je peux te dire que cette tomate mozzarella et cet Astérix ça avait le goût du bonheur comme jamais un défilé en « front row » avec Lagarfeld et qui tu veux ne m’a pu m’apporter ». Elle prend une année entière à apprendre ce qui la rendait vraiment heureuse. Durant cette période, sa situation financière se complexifie. Seconde leçon : elle apprend à accepter la peur du manque. Une fois affranchie de cette crainte de manquer, elle se consacre pleinement à la quête de son bonheur.

Choisir ses modèles

Ariane, qui a vu mourir toutes ses croyances part à la rencontre de nouveaux modèles. Des modèles qui cette fois-ci, elle peut choisir. Elle se met à lire, notamment des philosophes : d’Epicure à Platon en passant par Marc Aurèle, Spinoza, Voltaire et d’autres encore. « Ces mecs-là, je les ai appelés mon conseil d’administration, donc quand ça ne va pas, que j’ai une question, un dilemme à résoudre, je me replonge avec eux ». Avec eux, elle trouve du sens à mettre dans sa vie, elle apprend la joie, le libre-arbitre et aussi la folie. Pour Ariane, ces lectures ont été une véritable renaissance.

Une reconversion réussie

Ses premiers pas la mènent vers sa passion : l’histoire. Elle écrit un roman historique : première chose constructive qu’elle décide de faire. Elle raconte l’histoire et les aventures de son avatar qui se retrouve au 16ème siècle, à la cour de François 1er. Ce livre l’emmène sur des plateaux télé pour en parler. Ariane expose son parcours, son burn-out et la manière dont elle s’en est relevée au grand public. Face aux innombrables messages qu’elle reçoit, elle est aujourd’hui en pleine rédaction d’un livre sur ce qu’elle a vécu. Aujourd’hui Ariane est journaliste historique pour une émission sur France 2 et poursuit sa « phase d’exploration » d’elle-même.

« J’ai appris le métier d’acheteuse, de chef de produit, de styliste, de directrice de collection, d’écrivain, d’historienne, de journaliste : tout ça ce n’est rien, rien comparé à la discipline qu’il faut pour atteindre le bonheur »


Les déviations

« Les déviations est né d'une idée simple : raconter des histoires de gens qui ont changé de vie. ».Depuis 2018, l’équipe des déviations recueille des témoignages de personnes qui se sont engagées dans une reconversion professionnelle, et s’attache à nous les partager sous format vidéo, podcast ou texte. Les expériences qu’ils racontent sont riches de sens et très inspirantes. Et découvrez dès à présent d’autres histoires dans leur magazine

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