La reconversion d’Audrey Emery, 35 ans : « Je suis aujourd'hui fromagère et j'exercerai peut-être un nouveau métier dans quelques années. »

La reconversion d’Audrey Emery, 35 ans : « Je suis aujourd'hui fromagère et j'exercerai peut-être un nouveau métier dans quelques années. »

Après avoir travaillé huit années en tant que collaboratrice parlementaire, Audrey Emery choisit de se reconvertir et de devenir crémière-fromagère. A 35 ans, elle est en pleine création de fromagerie avec une associée à Marseille et recherche un local dans l’hyper centre. Ses fromages préférés du moment ? Saint-nectaire, saint-félicien et munster. 

Audrey nous raconte avec enthousiasme son parcours qui l’a menée de l’Assemblée nationale à sa nouvelle crémerie, la laiterie marseillaise.

laiterie marseillaise

Une journée type au Parlement

Audrey Emery : Une journée type n'existe pas vraiment à l'Assemblée nationale, cela varie beaucoup, selon l'ordre de jour d'examen des lois dans l'hémicycle, du temps que ça prend mais aussi en fonction des "aléas" et impondérables du quotidien des citoyen.ne.s. Globalement ce sont des journées denses qui peuvent se terminer très tard ; sans parler du fait d'être en permanence connectés et dépendants de l'actualité.

Le déclic du changement

Le métier de collaborateur s'exerce pendant une dizaine d'années (15 ans maxi), après on part vers d'autres voies. Moi, ça faisait déjà 8 ans que j'exerçais ce métier, donc j'étais proche de "la fin". Je sentais déjà depuis quelques mois que je commençais à fatiguer, à perdre patience plus facilement.

Lire aussi >> 10 signes qui montrent qu’il faut faire une reconversion

J'ai saisi "l'occasion" de me reconvertir vers un autre métier. Mais pas dans les relations publiques qui ne m'intéressaient absolument pas. Lors de mon bilan de compétences, on m’a fait réfléchir en termes de valeurs. J’avais aussi besoin de concret, de faire avec mes mains. Je me suis tournée très vite vers la gastronomie française.  Avec le fromage, il y a une espèce de continuation dans l’engagement : faire connaître les producteurs, les éleveurs... J’ai beaucoup voyagé en France avec mes parents et nous goutions les fromages des producteurs locaux. Chaque région m’évoque un fromage en particulier.

« J’ai en quelque sorte appris la géographie avec le fromage. Ce sont des souvenirs d’enfance forts. »


fromage de chèvre

© La Laiterie Marseillaise - Chez Luc et Magali Falcot, producteurs de Brousse du Rove

Sa nouvelle vie de fromagère

Dans une journée type il y a le contrôle des températures, des mesures d'hygiène, l'entretien et les soins apportés aux fromages, répondre aux attentes des client.e.s, préparer des plateaux, les commandes pour les restaurateurs… Ensuite, pas tous les jours mais au moins plusieurs fois par mois, la réception des commandes, la gestion des stocks et le sourcing (pour trouver de nouvelles "pépites").

Les plus

Comme dans mon précédent métier, il faut pouvoir comprendre le problème et/ou la demande et y répondre. Il faut donc aimer le contact avec le public pour pouvoir faire ce métier, être à l'écoute et dans la discussion. C'est une partie que j'aime beaucoup, tout comme la recherche de nouveaux producteurs.trices et leurs fromages.

« J'y ai gagné en tranquillité aussi, plus de problèmes liés à l'actualité, ça fait du bien. »

Les moins

Le plus contraignant, ce sont les horaires induits par le métier de commerçant.e.s qui impliquent des week-ends en décalage par rapport aux ami.e.s et familles.

La réaction de son entourage face à cette reconversion "express"

Mon entourage était assez perplexe au tout début. En effet, j'ai fait un mini bilan de compétences en tout juste 2 mois et quelques séances avec une psychologue et une coach en PNL (programmation neuro linguistique). Donc ça a été assez précipité et surtout, ils me voyaient tellement passionnée et investie dans mon précédent métier que ça leur semblait plus être un "craquage", une "décompensation" qu'une réalité mon histoire de reconversion dans la fromagerie. Mais quand je me suis inscrite à la formation, que j'ai trouvé une fromagerie où faire ma formation (car c'est en alternance), ça s'est concrétisé pour eux. Ils m'ont suivie et ont compris ce j'avais pu comprendre via le bilan de compétences : à savoir que je pouvais exercer un autre métier qui me passionnerait tout autant.

Quelle formation pour devenir fromagère ?

Un certificat de qualification professionnelle (CQP) de vendeur-conseil en crèmerie-fromagerie auprès de l'IFOPCA Paris.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait se reconvertir ?

  • De s'écouter et faire ce que son cœur lui dicte. 
  • D'aller rencontrer des personnes ayant déjà fait une reconversion, elles seront les plus aptes à vous comprendre. 
  • De faire un bilan de compétences, ça rassure et aide beaucoup à sauter le pas (ou pas, d'ailleurs !). Un bilan de compétences peut aussi permettre d'identifier que le "problème" est la structure ou l'entreprise et, en opérant simplement ce changement, on peut à nouveau se plaire dans son métier et ne plus envisager d'en changer.

Lire aussi >> Evolution professionnelle : mobilité interne ou externe, que choisir ?

Premier bilan 

C'est une magnifique expérience. Elle m'a permis de comprendre qu'il n'y a pas qu'un métier que l'on peut exercer mais au contraire une infinité de possibilités. J'ai été collaboratrice parlementaire, je suis aujourd'hui fromagère et j'exercerais peut-être un nouveau métier dans quelques années. On verra, mais en tout cas, je sais que c'est possible et que je peux encore apprendre et vivre plein d'expériences très différentes et enrichissantes ; quelle perspective enivrante et exaltante ! 

 

 Propos recueillis par Natacha Le Jort

Des expériences de personnes qui ont changé de métier à la trentaine

>> Tous les témoignages de reconversion professionnelle

Ajouter
Partager


Votre commentaire :